La vie et l’oeuvre de Freud ont donné lieu à d’innombrables publications. Or, on ne trouve rien, ou presque rien, sur l’appartenance de Freud, plus de quarante ans durant, à la loge Wien, au sein du B’nai B’rith, une obédience maçonnique juive. Le sujet est injustement méconnu. Les biographes de Freud ne l’ont pas toujours su ou ne l’ont jamais révélé. Il existe donc un trou dans la trame historique de la psychanalyse, dont la transmission est inséparable de l’histoire de la vie de Freud.

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      FREUD Franc-maçon     ...et on ne le savait pas.




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ALI
-- Juin 2014 --

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-- A venir fin 2013 --

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phoibos
-- Juin 2013 --

Extrait de la revue culturelle BELGE « Phoïbos » de Juin 2013

Freud Franc-maçon. (1)

Le récent ouvrage de Jean Fourton : " Freud Franc-maçon " interpelle le monde psychanalytique freudien et aussi le monde maçonnique.
Qui est l'auteur de cette publication ? Jean Fourton, diplômé des hautes études en Psychopathologie sociale et docteur en sciences de l'éducation. Il entreprit une analyse chez Jacques Lacan et devint membre de l'Ecole freudienne de Paris, la prestigieuse société de psychanalystes, fondée et dirigée par Lacan. Ce clinicien psychanalyste est aussi un artiste connu. C'est un artiste peintre qui pratique aussi l'art de la tapisserie : la tapisserie d'Aubusson. Au niveau maçonnique, Jean Fourton est Maçon, à la fois membre du Grand Orient de France et du B'nai B'rith.
Jean Fourton nous apprend que Freud fut présenté à l'atelier Wien de la loge B'nai B'rith en 1895 et initié à la loge " Wien " le 29 septembre 1897, parrainé par son ami Edmund Kohn.
Le B'nai B'rith (de l'hébreu : " Les fils de l'Alliance ") est la plus vieille organisation juive toujours en activité dans le monde. Calquée sur les organisations maçonniques, elle a été fondée à New York, le 13 octobre 1843, par douze Frères maçons qui souffraient de l'ostracisme dont étaient frappés les juifs désirant entrer dans un ordre maçonnique. Le martyr du peuple juif durant les siècles précédents est encore dans toutes les mémoires. Si, dans le nouveau monde, les juifs étaient moins inquiétés que dans la vieille Europe, l'appartenance à une loge maçonnique demandait, de leur part, une sorte de conversion. Le Grand Architecte de l'Univers ressemble fort au dieu des chrétiens (le prologue de l'évangile de Jean, présent dans de nombreuses loges, en est l'illustration.) Or, le peuple juif fut souvent qualifié de peuple déicide. Le concile Vatican II essaya de rectifier cette croyance qui contribua à placer le peuple juif au banc des accusés de la société : " S'il est vrai que l'Église est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. " Si les plus hautes autorités ecclésiastiques éprouvent le besoin de combattre cette croyance, c'est que, pour le monde chrétien, le peuple juif traine toujours derrière lui un lourd héritage : la mort du Christ. Tout ceci pour dire qu'il était difficile, pour une loge qui fut créée pour répondre au racisme dont souffraient ses membres, de demander, par la suite, une reconnaissance aux obédiences maçonniques qui avaient, auparavant, manifesté un rejet à l'égard de ses membres.
Revenons à Freud. En 1897, il passait par une phase dépressive. Il perdit son père en 1896, il avait de lourdes charges de famille et se demandait s'il sortirait un jour de la pauvreté. Il était peu reconnu par ses pairs et ses travaux n'avaient guère de succès dans le milieu scientifique de l'époque.
Le 29 septembre 1897, Freud est initié à la loge Wien, avec un rituel très semblable au rituel maçonnique de l'époque.
Le Président (V :.M :.) : " Frères, voici encore un ami juif qui demande son admission dans notre Ordre. Un nouveau maillon va être ajouté à notre chaîne fraternelle. Le candidat voudrait-il s'approcher ? J'attire votre bienveillance attention sur les principes et buts de notre Ordre. L'Ordre du B'nai B'rith a pris sur lui la tâche d'unir les Israélites, pour promouvoir leurs intérêts les plus élevés, ainsi que ceux de l'humanité, d'encourager les sciences et les arts... "
L'emblème de l'Ordre est la Ménorah, le chandelier à sept branches des Hébreux. Chaque branche symbolise un noble idéal : Lumière - Justice - Paix - Bienveillance - Amour fraternel - Harmonie - Vérité.
Le 7 décembre 1897, Freud fait une première intervention en loge. Sa planche traite du travail du rêve. Un exposé d'une grande élévation d'esprit, qui fut reçu très positivement par ses frères maçons. Le même exposé, présenté dans le milieu académique de Vienne, réunira trois personnes ! Freud resta fidèle à sa loge jusqu'à sa mort en 1939. De 1897 à 1917, il présenta de nombreuses planches en loge (on relève 27 conférences faites par Freud au B'nai B'rith). Il présentait d'abord les fruits de ses études à ses frères maçons avant de les livrer au grand public.
En septembre 1937, le B'nai B'rith fêtait le quarantième anniversaire de Freud en son sein. A cette occasion, Freud adressa ce courrier aux Frères de son atelier : " Je suis touché à chaque fois que j'entends que l'Association se souvient de moi et me souhaite du bien. Je vous remercie, M. le Président et vous tous mes chers frères. Ce qui nous a unis ne périra pas avec les changements d'époque. "
Sigmund Freud s'en alla à l'Orient Eternel le 22 septembre 1939. Atteint d'un cancer en phase terminale, il demanda à son médecin traitant une injonction de morphine pour mourir dans la dignité. Il rejoignit l'Orient Eternel après quarante-deux ans de fidélité au B'nai B'rith.
Une loge Sigmund Freud a été créée et installée à Paris en février 2004.
Depuis l'époque de Freud, le B'nai B'rith a-t-il évolué ? Cette association de personnes ressemble-t-elle plus à un Service Club qu'à une loge maçonnique ? Jean Fourton nous dit que non : " Ce serait lui enlever l'autorité du sacré que bien des obédiences maçonniques, y compris laïques, réclament, mettant parfois l'homme à la place de Dieu. "
Pour conclure, je dois manifester un certain étonnement après la lecture de cet ouvrage. Que les milieux maçonniques n'aient qu'une vague connaissance de cette loge qui se situe en dehors des circuits traditionnels de la maçonnerie, c'est assez compréhensible. Cependant, la nécessité pour les juifs de créer une loge refuge pourrait amener plus d'un maçon à une réflexion sur la difficile mise en pratique de la valeur maçonnique de tolérance dans les obédiences de l'époque. Mais que le milieu analytique, qui a l'art de chercher le plus petit signifiant dans l'Œuvre freudienne ou la moindre petite trace de " faux pas " dans la vie privée du maître, n'en souffle mot, c'est bizarre. Pourquoi les psychanalystes refoulent-ils cet héritage freudien ? A l'instar de l'Eglise catholique, la maçonnerie serait-elle, elle aussi, frappée d'excommunication par les psychanalystes, toutes obédiences confondues ? La question reste ouverte ! Un Maçon ne peut qu'apprécier l'engagement maçonnique de Freud, personnalité marquante du 20ème siècle. Même si le B'nai B'rith n'a pas été reconnu par les différentes obédiences maçonniques, on y pratiquait un véritable travail d'initiation et les valeurs prônées sont très semblables à celles des obédiences que nous connaissons. La fraternité rencontrée en loge devait être d'un grand soutien pour cet homme qui éprouvait, à la fin du 19ème siècle, de réelles difficultés d'insertion sociale et professionnelle. Le questionnement analytique, qui est au centre de la démarche freudienne, est une recherche adogmatique de la Vérité, chère aux Francs-maçons. Dans son dernier livre : " Sauve-toi, la vie t'appelle ", Boris Cyrulik, le célèbre psychiatre-psychanalyste juif, qui nous familiarisa avec le concept de résilience, précise que le questionnement est une caractéristique importante de la démarche scientifique. C'est ce type de démarche que privilégient les loges maçonniques et le B'nai B'rith dans leur recherche de la Vérité.

Jules Lamy

(1) Fourton Jean, Freud Franc-maçon, Lucien Souny, 2012 Phoïbos a souhaité prendre contact avec l'auteur de cet ouvrage. Jean Fourton est certes un franc-maçon mais aussi un psychanalyste, tendance lacanienne, et un artiste qui a exprimé ses talents artistiques dans des domaines variés et plus spécialement dans la tapisserie d'Aubusson (voir son site internet : http://jeanfourton.com). Nous avons eu de nombreux échanges par mail avec Jean Fourton et il nous proposa de le rencontrer à l'occasion de son passage à Bruxelles. Il était invité, par la R :. L :. Les Vrais Amis de l'Union et du Progrès Réunis, à présenter une planche qui avait son dernier ouvrage pour thème. Lors de cette rencontre, nous lui avons demandé un texte où il nous présenterait ses réalisations artistiques et ses orientations professionnelles.
Voici donc le texte que Jean Fourton nous a proposé en réponse à notre demande.

Le bonheur étourdi de créer. 2013-02-23

En art, nous sommes tous héritiers les uns des autres. Créateur et cartonnier, en tapisserie d'Aubusson, où se trouvent mes racines paternelles, je sais ce que nous devons à la tradition flamande et orientale dans ce domaine depuis 5 ou 6 siècles. Visitez à Paris, au Musée de Cluny, la Tapisserie de la Dame à La Licorne, en 6 tentures qui datent du XVème siècle et vous aurez là une éblouissante réponse. Elle me donnera l'occasion, traitant du bonheur étourdi de créer, de faire en art, l'éloge de l'accident.
Pour commencer, la découverte de ces 6 tapisseries en sera l'illustration. Nous sommes en 1841. Voisine depuis son château de Nohant, dans l'Indre, c'est-à-dire en Berry, George Sand fait visiter à Prosper Mérimée, le château médiéval de Boussac, en Creuse, c'est-à-dire en pays marchois. Le couple s'égare un peu, à la faveur d'une galipette, dans la pénombre de l'immense grenier, et identifie à tâtons, au sol, ce qui semble être des sacs de pomme de terre...On remue, on déploie les pièces de toile très lourdes : Stupéfaction ! Eblouissement ! Enchantement ! Vous connaissez la suite : ce trésor de l'Humanité occupe aujourd'hui la position centrale du Musée médiéval national de Paris.
La lecture de toute Œuvre d'art est un roman, à chacun de nous le sien. On se perd en conjectures sur l'origine lointaine de la Dame à la Licorne. Les historiens s'accordent à envisager qu'elle fut tissée en Flandres et que ce fut un cadeau de mariage. Son univers est celui du rêve et de la volupté. La couleur dominante en est le rouge de garance, peu oxydé en raison de sa conservation plusieurs siècles dans la pénombre, voire l'obscurité. Le thème traité est celui des cinq sens. La sixième tenture intitulée " A mon seul désir " n'en finit pas de faire question. Les personnages mis en scène sont toujours La Dame, La Licorne animal mythique et érotique, un lion, des arbres et autres éléments végétaux, et tout un bestiaire, chiens, singes, oiseaux etc.
Changeons de planète. Six siècles plus tard, dans la rue, l'art automobile inspire au promeneur de la jubilation esthétique. Ce qui n'a rien à voir avec le prestige d'un modèle. Ainsi, par exemple, le coup de crayon sur une planche à dessin, qui a donné, modeste, la petite Niva 4 x 4, par Lada en Russie, a le don de m'émouvoir. C'est comme ça. Elle a le don de me faire rire, et ça tombe bien, j'aime rire et m'amuser de mon travail. Un acte de création fonctionne comme un lapsus et parfois un mot d'esprit, et le rire jaillit du tréfonds de soi. A l'envers du décor du sujet, en catimini, son inconscient tire les ficelles. Et me voilà chahutant, trébuchant dans mon atelier, sur la musique des mots...Lada...Ladam...La Dame !
Il en résulte que j'achète au kilo une épave de Lada-Niva à restaurer, sans le moteur qui serait inutile, pour une sculpture qui commence à m'obséder. Prend corps alors ce qui deviendra à l'intérieur, une tapisserie tridimensionnelle. Ce sera La Dame à la Licorne au volant du 4 x 4. La Licorne sur la place du passager. Le petit théâtre exotique : lapin, oiseaux qui batifolent dans le ciel, sur la banquette arrière. D'accord c'est irrévérencieux, mais la vie c'est pas grave ! (L'Œuvre est acquise par l'Etat français et on la trouve au Musée de la Tapisserie d'Aubusson.)
Toujours en Creuse profonde (la Creuse est profonde sinon ça ne compte pas), dans le même épisode, j'asperge, sur des rouleaux de papier, au milieu d'un champ, des coulures de peintures de différentes nuances de noirs : noir de velours, noir d'ébène, noir de pêche, noir d'ivoire, noir de mars, noir de satin, noir de tableau d'écolier, laque noire etc. J'ajoute dans certains cas de la silice colloïdale pour le satiné, ou du bicarbonate de soude pour le matité... La peinture et l'art de cuisiner sont mitoyens. Il s'agit, dans ces exercices d'aspersion, d'appliquer la leçon du peintre américain Jackson Pollock, inventeur du " dripping "(d'autres ont fait cela...Olivier Debré, Zao Wouki, Fabienne Verdier etc., à chacun ses expériences.) Et puis, muni d'un cadre en bois de 30cm sur 40cm, je vais sélectionner et découper les images non-figuratives qui m'intéressent. Comme avec le viseur d'un appareil photo. Là, c'est la leçon de Marcel Duchamp, avec ses ready mades.
En fin de compte une seule de ces centaines d'images me semble mériter un traitement de faveur. Les autres iront au feu. Elle donnera par la suite une lithographie. Je l'offre à notre ami Léon qui fut mon père spirituel et mon parrain. Il était président des Anciens déportés politiques. Il est bouleversé par cette Œuvre. Pour lui, cette image, " avec ses barbelés ", symbolise la Déportation. C'est sa lecture.
Quelques années plus tard, ce tableau me conduit à inventer mes " Vitraux-tapisseries " (Marque et modèle déposés). Il s'agit de tissages en fils métalliques noirs et gris, insérés dans des vitrages. Ces vitraux à la mémoire de notre Léon, ornent aujourd'hui le Mémorial de toutes les Déportations, au Margeleix, à Puy Malsignat, en Creuse. Il y a des rapports intimes entre l'art et l'économie. Cette invention des vitraux-tapisseries donne du travail aux copains liciers des ateliers qui en ont besoin.
Cette expérience est riche d'une leçon supplémentaire pour l'écolier définitif que je suis resté. Somme toute, dans ces vitraux-tapisseries, mon intervention dans la création est assez dérisoire. L'environnement végétal, qui change avec les saisons et les nuages en mouvement, se reflète dans mes vitraux en les animant. L'art plastique appliqué devient un poème. La lumière fabrique ce qui est à voir, orchestrant les vides et les pleins, et l'Œuvre est recevable quant au regard de l'artiste qu'elle a quitté, elle lui devient étrangère.
Plus tard, par le même procédé qui valorise la tapisserie, en l'offrant aux regards de tous, dans la rue, et non exclusivement à l'intérieur des riches demeures, d'autres vitraux seront créés. Tissés également à claire-voie et insérés dans des vitrages, mais avec des fils synthétiques de couleurs, il me sera donné de concevoir, pour l'église médiévale de Domeyrot, à coté de Boussac, un hommage à Léonard de Vinci en illustrant une de ses maximes : " L'amour triomphe de tout. "

Jean Fourton








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Interview de Jean Fourton par France 3 Limousin à Limoges le 9 novembre 2012 à l'occasion du salon du livre maçonnique.














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